25.10.2006
Il ne suffit pas...
C'est vrai, je ne parle pas beaucoup de moi-même, ne trouvant pas à cet exercice un très grand intérêt. Mais, à qui sait lire, se dessine tout de même un portrait que j'espère assez fidèle.
Relu ces lignes de Péguy sur certains croyants de son temps. Le trait est dur, mais si juste et, toujours d'actualité, hélas ! : "Il ne suffit pas d'abaisser le monde pour s'élever dans la catégorie de la grâce. Il ne suffit pas d'abaisser la nature pour s'élever dans la catégorie de Dieu. Parce qu'ils ne sont pas de l'homme, ils croient qu'ils sont de Dieu; parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu."
Note conjointe.
23:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.10.2006
Pour une anthropologie chrétienne ...
S'il est un livre qui présente un christianisme de plein vent, c'est bien celui, ancien déjà, d'Olivier Clément, théologien français orthodoxe : "Questions sur l'homme".
Extrait : "L'humanité que nous observons et que nous sommes semble une humanité cassée. Cassée, elle l'est d'abord en chacun de nous : le "moi" est un théâtre d'ombres, de personnages névrotiques dont nous ne tirons pas les ficelles mais qui tirent plutôt les nôtres. Nos facultés aussi sont séparées, et leur hiérarchie bouleversée : une intelligence purement cérébrale, qui oppose, un "coeur" enténébré, livré aux forces du subconscient, qui confond. Nous voici "cul par dessus tête" : et plus de centre où tout pacifier.
Séparés en nous-mêmes, nous le sommes aussi entre nous : des individus ennemis, solitaires ou confondus, solitaires dans la confusion même.
C'est tout cela que la théologie nomme la condition déchue.
On ne saurait élaborer une anthropologie chrétienne en s'enfermant dans cette condition. La réflexion aboutirait au vide. Analyser l'individualité dans sa seule condition séparée nous enfermerait dans la vision myope que provoque notre "aliénation", une aliénation qui n'est pas seulement sociale mais fondamentale, ontologique.
Ces ténèbres, d'ailleurs, sont traversées d'éclairs. Dans la folie de l'amour ou la création, dans la transparence d'un regard, dans le simple et soudain émerveillement d'exister, des profondeurs lumineuses se révèlent.
L'homme ne s'explique pas au niveau de l'homme.
Le beau mot d'éthos, que nous appauvrissons en "éthique", signifie originellement "demeure". Et le viel Héraclite disait : "La demeure de l'homme, c'est Dieu."
Questions sur l'homme, 1972, Stock p. 1/2.
22:38 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
12.10.2006
Un agnostique devant le Christ !
S'interrogeant dans les Antimémoires devant le mystère du mal, André Malraux écrivait:
"Le crayon s'est cassé sur la denière phrase de Valéry : "Après tout, personne avant le christianisme, n'avait dit que Dieu est amour." Personne, depuis qu'existait la parole, n'avait répondu à l'esclave, née en vain, qui présentait aux dieux de Rome le corps de son enfant mort en vain.
(...) Moi qui ne crois pas à la Rédemption, j'en suis venu à penser que l'énigme de l'atroce n'est pas plus fascinante que celle de l'acte le plus simple d'héroïsme ou d'amour. Mais le sacrifice seul peut regarder dans les yeux la torture, et le Dieu du Christ ne serait pas Dieu sans la crucifixion."
II, La corde et les souris, VI.
Je crois qu'en réalité Israël a accédé à la connaissance d'un Dieu amour _ de nombreuses pages de la Bible en témoignent _ mais point à celle d'un Dieu Père. Et cela, certes, n'est pas rien !
23:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
06.10.2006
Le Roi bien-aimé
Dans les Cahiers de Malte Laurids Brigge, Rilke évoque Charles VI, le roi fol en même temps que bien-aimé de son peuple, bien-aimé parce que fol. Car vivant dans sa chair humiliée la passion de la France occupée par l'Anglais. C'est l'essence de la royauté qui est ici rendue tangible, ce lien mystérieux qui unissait le roi à son peuple.
"Ne glissa-t-il pas du milieu de sa royauté parmi les derniers ? Lui, qui, au lieu de s'élever, tomba jusqu'à ce qu'il touchât le fond. (...) Car la puissance ne dure qu'un instant, et nous n'avons rien vu de plus long que la misère. Mais le roi doit durer.
(...) de lui le chancelier Jean Charlier Gerson exigeait qu'il fût éternel et cela alors qu'il était déjà le plus pauvre de tous, malgré sa couronne.
(...) C'était à présent, tandis que sur ses jambes fléchissantes il était debout à la vue de tous, le mystère de l'amour. (...) Ceci ne voulait pas être compris; c'était aussi merveilleux que jadis le cerf au collier d'or dans la forêt de Senlis. Sauf qu'à présent, c'était lui l'apparition, et que les autres étaient plongés dans la contemplation. (...)Il ne bougeait pas, de peur de se fondre; le mince sourire sur son large visage simple prenait une durée naturelle comme chez les saints en pierre, et ne se forçait pas. C'est ainsi qu'il se tendait. Et ce fut un de ces instants qui sont l'éternité, vue en abrégé. La foule le supporta à peine. Fortifiée, nourrie d'un réconfort infiniment multiplié, elle rompit le silence par le cri éclatant de sa joie."
21:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
La route de Bordeaux à Paris
La route de Bordeaux à Paris.
Si souvent empruntée par Mauriac.
Route de toutes les ambitions (ô Rastignac !),
de toutes les illusions (ô Rubempré !).
Celui qui, aujourd'hui, lui préfére le TGV et son confort se souvient-il encore de ces ombres ?
21:39 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
03.10.2006
Exister
"Exister ... dans la tendresse d'un regard"
Retrouvé cette phrase de Julien Green, jetée jadis sur le papier, sans prendre soin, hélas !, de préciser d'où elle était tirée. Qu'importe, elle est belle, n'est-ce pas ?, merveilleusement belle.
23:45 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


