25.12.2006
Une naissance
Une naissance pour changer le monde. Celle d’un petit juif dans un infime canton de l’Empire de Rome.
Aucun journaliste pour couvrir l’événement. Aucune édition spéciale. Aucune trace dans les archives impériales. A croire que cet enfant n’intéressait personne ... dans les rangs de ceux qui comptent, de ceux qui font l’opinion, de ceux qui exercent le pouvoir. Les grands de ce temps, cette nuit-là, dormaient tous. Il faut faire une exception pour Hérode. Ce roitelet fantoche, docile, trop docile instrument de Rome. Qui exerçait juridiction , au nom de l’Empereur, sur la Galilée. Et dont le sommeil allait être fortement troublé par cette naissance. Hérode, l’Iduméen, jaloux de son pouvoir, et décidé à le défendre par tous les moyens, y compris le glaive manié par les soldats “aux manteaux couverts de sang.” Mais le glaive, si efficace d’ordinaire, ne pourrait rien cette nuit-là contre l’enfant. Qui, aujourd'hui, se rappellerait le nom même d’Hérode s’il n’y avait eu cette naissance ?
Une naissance pour changer le monde ! Celle d’un petit juif dont la mère s’appelait Marie et qui avait pour père adoptif un artisan du nom de Joseph. Des pauvres. Comme la grande majorité de leurs compatriotes. Vivant, difficilement, dans un pays occupé. Ballotés entre tous les pouvoirs. Allant s’inscrire sur les listes du recensement dressées _déjà ! _ pour lever l’impôt. Une histoire banale, en somme, qui est de tous les temps et de tous les pays. Sauf que cet homme et cette femme étaient riches d’une extraordinaire histoire. Celle de leur peuple qui, entre tous les peuples, se prétendait élu du Dieu Unique. Le Dieu qui s’était révélé à Moïse sur la montagne de l’Horeb et lui avait fait traverser à pied sec, en homme libre conduisant d’autres hommes libres, la mer des Roseaux ! Le Dieu qui, bien des années auparavant, avait jeté dans le désert Abram dont il avait fait Abraham. Promettant à ce chef de clan, semblable à beaucoup d’autres, une postérité “aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel et les grains de sable au bord de la mer.” Et depuis ce temps-là, ses descendants se savaient élus entre tous les peuples de la terre. Partenaires d’une Alliance divine qui serait leur orgueil en même temps qu’elle en ferait des victimes toutes désignées de toutes les tyrannies de l’histoire. Fiers de ce riche passé, descendants d’illustres ancêtres, Marie et Joseph se savaient différents. Car héritiers de cette promesse et de cette élection.
Une naissance pour changer le monde. Celle d’un petit juif dans les campgnes de Judée. Au hasard des routes et des déplacements. Saluée seulement par quelques bergers, marginaux d’une société qui avait déjà ses exclus. Ce sont eux qui sont au rendez-vous de Dieu. Eux, les premiers, et les seuls parmi les hommes. A cette heure encore. Mais ce sont ces petits et ces pauvres, ignorés par les savants et les sages et, par eux méprisés, qui vont rendre à Dieu hommage. L’accueillir parmi eux. Le bercer de leurs frustes musiques et de leur joie si simple. Dieu se plaira toujours en leur compagnie. En leur cortège. En leur prière.
Une naissance qui continue aujourd’hui de changer le monde. Et d’être signe pour les “hommes de bonne volonté.” Qui fait taire les armes, parfois, l’espace d’une trêve, ouvrir les coeurs, parfois, le temps d’une fête... C’est si fragile u n signe ... et si ténu. Mais n’importe quel événement n’est pas signe ... et le demeur au bout de deux mille ans.
Une naissance qui a, qui que tu sois, quelque chose, aujourd’hui, à te dire. Le sens de la vie. Et celui de la mort. Et l’irruption de Dieu dans le temps de l’histoire. Celui de l’homme. Le nôtre.
“Le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous.”
Plus rien, désormais, ne sera comme avant. L’antique fatum n’est plus ... qui faisait des hommes des jouets entre les mains des dieux. L’homme a conquis sa liberté et c’est le Christ, même si la plupart, autour de nous, l’ont oublié, qui l’a arraché à l’absurde d’un destin tout tracé.
Et l’homme a su, alors, qu’il n’était, qu’il ne serait plus jamais seul face à l’incompréhensible du mal.
L’Emmanuel _ Dieu avec nous _ est venu ... habiter sa douleur, vivre son agonie et, dans l’aube d’un matin triomphant, ouvrir une formidable brèche dans la mort qui ne sera plus jamais refermée ... portant ainsi à son ultime accomplissement “l’infatigable espérance des hommes.”
“Et nous avons vu sa gloire ... gloire qu’Il tient du Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité.”
Et nul ne pourra nous ravir cette image d’un Dieu qui a choisi de se faire tout petit pour faire rayonner Sa gloire sur le monde.
Et nul ne pourra nous ravir cette joie d’un Dieu qui s’est fait enfant pour nous révéler le visage du Père.
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23.12.2006
Noël d'autrefois !
Ai trouvé dans un ouvrage assez confidentiel de Mauriac "Une enfance provinciale" cette description d'une messe de minuit à Notre Dame (de Bordeaux). C'est féroce comme Mauriac savait l'être ! Que les paroissiens actuels de Notre Dame ne m'en veuillent pas, à supposer que l'en d'entre eux s'égare sur ce blog.
"Une autre église ne dispensait pas à l'enfant les satisfactions de la solitude, mais il y goûtait au contraire une sorte de joie sociale : Notre Dame, salon Louis XIV et Louis XV, paroisse des bonnes familles de Bordeaux, sanctuaire harmonieux, modéré, tiède en hiver, où ceux qui surent se composer une vie temporelle exempte d'inconfort, viennent aussi s'assurer une éternité bienheureuse. Messes de minuit à Notre-Dame ! Jusqu'à onze heures, les domestiques veillent sur les chaises réservées. Toutes les bonnes famlles sont là : dos d'astrakan des vieilles dames, carrures des maris qu'élargissent démesurément les pelisses, gosses faits en série, modèles réduits de leurs parents (cette petite fille aura le derrière placé trop bas comme sa mère). C'est l'épiphanie de la bourgeoisie ; les bergers sont revenus à leurs moutons ; les rois ? il n'y en a plus. Rien ne reste au Dieu de la crèche que cette sainte classe moyenne soucieuse de ne négliger aucune promesse, de ne courir aucun risque inutile, fût-il d'ordre métaphysique (n'empêche que ses fils ont su mourir à la guerre) ; race prudente, circonspecte, sage, dont toutes les polices d'assurances sont en règle pour le temps et pour l'éternité. Ce ne sont pas ceux-là qui d'abord furent appelés, les plus fidèles pourtant et tout de même aimés ! (Personne au fond ne choisit ses amis, n'a les amis qu'il souhaiterait d'avoir, personne : pas même l'Être infini). Mais rappelle-toi ces messes cossues, recueillies, cette atmosphère de dévotion riche, tandis que la maîtrise chantait : "Une étable est son logement, un peu de paille est sa couchette..."et, si près de la Sainte Table et du festin mystique, les truffes dont toute la paroisse était embaumée." No comment !
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14.12.2006
Lagrange, l"oiseau des tempêtes"
Trouvé ces lignes des "Diverses familles spirituelles de la France" de Maurice Barrès sur Henri Lagrange :
"(...) j'aime infiniment ce feu et cette dureté. J'aime cette pierre du torrent, pleine d'étincelles. Combien cet adolescent, à son propre insu, devait être romanesque ! Je sais qu'à l'Action Française on veut surtout être raisonnable, mais un camelot du roi âgé de quinze ans est sûrement un prodige de romanesque et je sens bien qu'Henri Lagrange avait donné corps par la politique royaliste à tous ses rêves, à tout ce qu'il y a de plus insaisissable et de plus secret dans les mouvements d'une jeune âme. Ses violences contiennent un élément de douleur et de tristesse. Elles me font penser au granit des Vosges qui a cette qualité mystérieuse d'exhaler une odeur de violette." p. 168
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03.12.2006
Vivre d'amour
de Jean-François Six dans "Thérèse de Lisieux au carmel" ces lignes lues ces derniers jours :
"... avant de mourir d'amour, il s'agit de vivre d'amour. Ce qui s'exprime par des riens quotidiens, par des recherches ténues, par des gestes infimes, par d'imperceptibles coups au coeur, par de courts moments d'immense tendresse, par des actes simples _ mais de terrible retentissement, parce que simples. Tout cela qui vaut bien plus que tout l'or du monde. Tout cela qui, en fin de compte, au delà de toutes les larmes des yeux des hommes, est joie et espérance." p. 18
Comment ne pas souscrire à cela ? Même s'il est plus difficile de le vivre !
Mais que vaut une vie sans amour ?
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