29.06.2007

"Nous choisissons ce capitaine..."

"(...) il ne sera pas facile de comprendre ce qu'était Georges Bernanos pour un garçon français, en 1945." ...écrivait Nimier dans Le Grand d'Espagne. Que dirait-il aujourd'hui ? Mais ce qu'il ajoutait alors n'a pas pris une ride .
"Pour un homme de cette sorte, il nous fallait chercher très loin dans notre mémoire, il nous fallait ces mots un peu décolorés : la sainteté, le génie. Certains penseront qu'il vaudrait mieux cantonner cet écrivain dans la littérature religieuse, une spécialité comme une autre _ s'il aimait les histoires de curés, ce pauvre vieux ! Qu'y pouvons-nous ? D'autres feront remarquer qu'il croyait encore au bon Dieu : un prophète digne de ce nom est mieux renseigné. Mais laissons les vivants enterrer les morts sous leurs fleurs artificielles. Bernanos n'était pas un prophète. Ce rôle semble réservé aux personnes trop spirituelles, comme Nietzsche ou Karl Marx : elles finissent par faire tourner les tables.
"J'ai juré de vous émouvoir _ de colère ou de haine, qu'importe !" Je ne répéterai pas ce serment. Mais prononcer un nom que beaucoup gardent au fond du coeur comme un défi qu'il importe de relever, prononcer ce nom est une sage affaire, un véritable retour sur nous-mêmes. On me demandait un jour de citer ses disciples. A quoi bon ? Nous lui serons fidèles, voilà tout. Il a compté sur nous, passionément il attendait notre génération. Nous ferons toutes les bêtises du monde, mais il y a bien des choses que nous ne ferons pas, parce qu'elles seraient sans son aveu. Maintenant qu'il n'est plus là, suivant un de ces vieux mots dont il aimait la plénitude, nous voudrions le servir. C'est une faible escorte et cela même est juste, car il n'était pas seulement un vieux lion déchaîné qui inquiétait les prudents et les lâches. "Certes, a-t-il écrit, ma vie est déjà pleine de morts. Mais le plus mort des morts est le petit garçon que je fus. Et pourtant, l'heure venue, c'est lui qui reprendra sa place à la tête de ma vie,rassemblera mes pauvres années jusqu'à la dernière et, comme un jeune chef ses vétérans, ralliant la troupe en désordre, entrera le premier dans la Maison du Père."
Nous choisissons ce capitaine".
Roger Nimier : le Grand d'Espagne, Folio, p. 15/6Revenir en haut de page

07.06.2007

Le grand malheur de ce monde...

"Le grand malheur de ce monde, la grande pitié de ce monde, ce n'est pas qu'il y ait des impies, mais que nous soyions des chrétiens si médiocres, car je crains de plus en plus que ce soit nous qui perdions le monde (...). Quelle folie de prétendre nous justifier en nous vantant orgueilleusement de posséder la vérité, la véritè plénière et vivante, celle qui délivre et qui sauve, puisqu'elle reste impuissante entre nos mains, que nous demeurons misérablement sur la défensive derrière une espèce de Ligne Maginot hérissée de prohibitions, d'interdictions, comme si nous n'aviosn rien de mieux à faire que de garder la Loi, alors que notre vocation naturelle et surnaturelle est de l'accomplir ! "
Georges Bernanos in Chrétienté française (avril 1941)