08.11.2006
retour de Tunisie
Parti quelques jours à Hammamet sur les traces de Bernanos, je n'ai pu que constater l'oubli qui entoure aujourd'hui son nom. Au Bureau du Tourisme comme à l'église, nul n'y a gardé le souvenir de sa présence.
La ville aussi a dû passablement changer. Hammamet ne doit plus guère ressembler à celle qu'il connut, la medina exceptée, et encore ?
Mais le ciel et la mer, la fraîcheur des matins et la douceur des soirs, eux, sont tels, ou à peu près, qu'il les a vus, éprouvés, sentis. Ils portent toujours au rêve, ils disent la beauté de cette terre.
La couleur éclate, souveraine. Le beu et le blanc sont partout présents. Bleu du ciel, de la mer et de ces portes ouvrant sur le mystère. Blanc immaculé des maisons de la medina qui chantent sous le soleil et apportent une note de fraîcheur.
Il faut errer, longuement, dans les ruelles étroites, se rassasier de beauté.
Je suis rentré à mon hôtel, sans passer devant le massif de bougainvillées mauves où une multitude d'oiseaux font entendre, quand tombe le soir, des pépiements sans fin. Les mêmes bougainvillées qu'à Singapour quand tombait la nuit, sur la route de l'aréoport.
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25.10.2006
Il ne suffit pas...
C'est vrai, je ne parle pas beaucoup de moi-même, ne trouvant pas à cet exercice un très grand intérêt. Mais, à qui sait lire, se dessine tout de même un portrait que j'espère assez fidèle.
Relu ces lignes de Péguy sur certains croyants de son temps. Le trait est dur, mais si juste et, toujours d'actualité, hélas ! : "Il ne suffit pas d'abaisser le monde pour s'élever dans la catégorie de la grâce. Il ne suffit pas d'abaisser la nature pour s'élever dans la catégorie de Dieu. Parce qu'ils ne sont pas de l'homme, ils croient qu'ils sont de Dieu; parce qu'ils n'aiment personne, ils croient qu'ils aiment Dieu."
Note conjointe.
23:35 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.10.2006
Pour une anthropologie chrétienne ...
S'il est un livre qui présente un christianisme de plein vent, c'est bien celui, ancien déjà, d'Olivier Clément, théologien français orthodoxe : "Questions sur l'homme".
Extrait : "L'humanité que nous observons et que nous sommes semble une humanité cassée. Cassée, elle l'est d'abord en chacun de nous : le "moi" est un théâtre d'ombres, de personnages névrotiques dont nous ne tirons pas les ficelles mais qui tirent plutôt les nôtres. Nos facultés aussi sont séparées, et leur hiérarchie bouleversée : une intelligence purement cérébrale, qui oppose, un "coeur" enténébré, livré aux forces du subconscient, qui confond. Nous voici "cul par dessus tête" : et plus de centre où tout pacifier.
Séparés en nous-mêmes, nous le sommes aussi entre nous : des individus ennemis, solitaires ou confondus, solitaires dans la confusion même.
C'est tout cela que la théologie nomme la condition déchue.
On ne saurait élaborer une anthropologie chrétienne en s'enfermant dans cette condition. La réflexion aboutirait au vide. Analyser l'individualité dans sa seule condition séparée nous enfermerait dans la vision myope que provoque notre "aliénation", une aliénation qui n'est pas seulement sociale mais fondamentale, ontologique.
Ces ténèbres, d'ailleurs, sont traversées d'éclairs. Dans la folie de l'amour ou la création, dans la transparence d'un regard, dans le simple et soudain émerveillement d'exister, des profondeurs lumineuses se révèlent.
L'homme ne s'explique pas au niveau de l'homme.
Le beau mot d'éthos, que nous appauvrissons en "éthique", signifie originellement "demeure". Et le viel Héraclite disait : "La demeure de l'homme, c'est Dieu."
Questions sur l'homme, 1972, Stock p. 1/2.
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