22.09.2006

Une sainte de vingt-quatre ans !

Connaissez-vous Thérèse ? Pour entrer dans l'intelligence de ce qu'elle fut, il faut dépasser l'imagerie sulpicienne sous laquelle, trop souvent, nous la connaissons. Il faut refuser les innombrables commentaires pieux sous lesquels des dévots mal inspirés ont trahi son message. Préférez-leur le film de Cavalier : "Thérèse". Il est d'un agnostique. Et alors ? Il raconte une histoire d'amour, la passion d'une jeune fille de quinze ans entrée au carmel pour y vivre sa quête d'un Dieu qui, Seul, peut combler l'immensité de son désir. Cette aventure va faire d'elle "la plus grande sainte des temps modernes." Comprenne qui pourra !
Thérèse de l'Enfant Jésus et de la Sainte Face poursuit en quelques années sa "course de géant"vers la sainteté parce qu'elle suit Jésus de la crèche à la croix et consent à entrer dans la passion du Christ... A mère Marie de Gonzague, dans les dernières semaines de sa courte vie, elle écrit ces lignes arrachées à sa douleur : "Je dois vous sembler une âme remplie de consolations et pour laquelle le voile de la foi s'est presque déchiré, et cependant ... ce n'est plus un voile pour moi, c'est un mur qui s'élève jusqu'aux cieux et couvre le firmament étoilé. Lorsque je chante le bonheur du Ciel, l'éternelle possession de Dieu, je n'en ressens aucune joie, car je chante seulement ce que je veux croire."
Car il faut entrer dans les plus épaisses ténèbres pour voir se lever l'aurore et chanter l'Alleluia de Pâques dans le plein soleil de midi.

11.08.2006

Des saints, dans la splendeur de l'été !

Amis, qui, par aventure, venez sur mon blog, vous ne m'y trouverez pas ces prochains jours car je pars demain en vacances ! En quelle compagnie ? Avec Bernanos, bien sûr, qui ne m'a guère quitté ce mois-ci. Mais aussi avec Maximilien, Bernard, Augustin que nous allons fêter dans la splendeur de cet été.
J'aimerais vous parler de chacun. Je me contenterai cependant d'Augustin.

De ce géant, cet extrait des Confessions, dans l'admirable traduction de Patrice Cambronne :
"C'est toi que je veux, Justice et Innocence,
toute belle et parée de beautés lumineuses,
Ô toi qui rassasies de manière insatiable !
On trouve auprès de toi
Repos en plénitude, vie exempte de trouble.
Celui qui entre en toi,
Celui-là entre dans la joie de mon Seigneur°,
Et il ne craindra point,
Et il se trouvera très bien dans le Très-bon.
Moi, loin de toi, à la dérive,
J'ai erré, ô mon Dieu, dans mon adolescence,
Bien trop loin du chemin de ta stabilité,
Et je devins pour moi région d'indigence.
Les Confessions, Livre II, X, 18.
trad. Patrice Cambronne, Bibliothèque de la Pléiade.


°Mt 25,21

A la rentrée prochaine, si vous le voulez bien.

06.08.2006

Un immense poète !

Il est un immense poète que j'aimerais aujourd'hui faire découvrir à ceux qui ne le connaîtraient pas encore. Il s'agit de Blaise Cendrars, aventurier sans doute, explorateur du monde, mais plus encore vagabond mystique. Laissez-vous emporter par sa poésie... embarquer avec lui et la petite Jehanne de France sur le Transsibérien et les "roues vertigineuses" du rêve vers "Tomsk Tchéliabinsk Kainsk Obi Taichet Verkné-Oudinsk Kourgane Samara Pensa-Touloune", la Mandchourie et l'Orient extrême.


"En ce temps-là, j'étais en mon adolescence
J'avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J'étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J'étais à Moscou dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n'avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon coeur tour à tour brûlait comme le temple d'Ephèse ou comme la Place Rouge de Moscou quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j'étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu'au bout.

Le Kremlin était comme un immense gâteau tartare croustillé d'or,
Avec les grandes amandes des cathédrales, toutes blanches
Et l'or mielleux des cloches...
Un vieux moine me lisait la légende de Novgorode
J'avais soif
Et je déchiffrais des caractères cunéiformes
Puis, tout à coup, les pigeons du Saint-Esprit s'envolaient sur la place
Et mes mains s'envolaient aussi avec des bruissements d'albatros
Et ceci, c'était les dernières réminiscences
Du dernier jour
Du tout dernier voyage
Et de la mer. ... "

(...) "Dans les déchirures du ciel, les locomotives en furie
S'enfuient
Et dans les trous
Les roues vertigineuses les bouches les voix
Et les chiens du malheur qui aboient à nos trousses
Les démons sont déchaînés
Ferrailles" (...)

(...) "J'ai déchiffré tous les textes confus des roues et j'ai rassemblé
les éléments d'une violente beauté
Que je possède" (...)