08.05.2007

La rose et le réséda

En ce 8 mai ...

A Gabriel Péri et d'Estienne d'Orves comme à Guy Mocquet et Gilbert Dru`

"Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel`
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fût de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe Qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gêle
Lequel préfèrent les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa

Louis Aragon

28.04.2007

la musique

"Tous les soirs, la musique remet les choses en place, c'est-à-dire rend à la journée l'apparence de joie et de paix qu'elle devrait toujours avoir. Adieu les nouvelles, les en-têtes fracassants, les soucis, l'ange de la musique les rejette à jamais dans le gouffre des inutilités. Chaque fois que je découvre un nouveau compositeur, aujourd'hui Woldemar Bargiel, le beau-frère de Schumann, je songe à Claude Maupomé, à sa façon d'entendre avec le coeur d'abord, et non pas d'expliquer la musique, de s'abandonner à la joie pure d'écouter. Écouter, ce que le monde ne fait jamais, car il s'étourdit de son propre bruit."
Julien Green dans Le Grand Large du soir.

03.04.2007

Vexilla Regis

"Vexilla regis prodeunt ..."

L'étendard du Roi est levé;
la Croix rayonne en son mystère,
dans sa chair, notre créateur
a été cloué sur le bois.

C'est là que la vie fut blessée
par le fer cruel de la lance
et que, pour laver nos péchés,
il en jaillit l'eau et le sang.

Arbre précieux, arbre sanglant,
orné de la pourpre du Roi;
ton bois choisi a mérité
de toucher des membres si saints.

Bienheureux arbre, sur tes branches
fut pendue la rançon du monde,
et tes bras ont pesé le corps
qui ravit à l'enfer sa proie.

Salut, autel, salut, victime
de la glorieuse passion,
où la vie a souffert la mort
et par sa mort nous rend la vie.

Salut, ô Croix, seule espérance !
Durant ce temps de la Passion,
aux justes donne plus de grâces,
aux pécheurs donne le pardon.

Trinité, source de salut,
que tout esprit te glorifie!
A la victoire par la croix
ajoute aussi la récompense.

Bonne Semaine sainte ... joyeuses Paques !