03.02.2007
campagne électorale
En ces temps d'élection, relire Pascal.
"Rien ne nous plaît que le combat, mais non pas la victoire : on aime à voir le combat des animaux, non le vainqueur acharné sur le vaincu ; que voulait-on voir, sinon la fin de la victoire ? Et dès qu'elle arrive, on est saoul. Ainsi dans le jeu, ainsi dans la recherche de la vérité. On aime à voir, dans les disputes le combat des opinions ; mais, de contempler la vérité trouvée, point du tout : pour la faire remarquer avec plaisir, il faut la voir naître de la dispute. De même, dans les passions, il y a du plaisir à voir deux contraires se heurter ; mais, quand l'une est maîtresse, ce n'est plus que brutalité. Nous ne cherchons jamais les choses, mais la recherche des choses. Ainsi, dans les comédies, les scènes contentes sans crainte ne valent rien, ni les extrêmes misères sans espérance, ni les amours brutaux, ni les sévérités âpres."
Pascal dans les Pensées (203)
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24.01.2007
Connaissez-vous le polygonium ?
Un récent sondage publié dans le Monde des Religions laisse apparaître que 51% seulement des Français se disent catholiques, la moitié d'entre eux n'étant pas très assurés de leur foi. Je trouve assez surprenant qu'il y ait encore autant de monde à se réclamer du catholicisme étant donné la bien-pensance actuelle et le matraquage idéologique auquel nous sommes tous soumis. Je pense à ce qu'écrivait peu de temps avant sa mort le P. Roger Tillard o.p. dans un petit livre testament qui est un véritable joyau: "Je crois en dépit de tout." (Cerf)
"L'image du polygonium a eu du succès. Un compatriote m'a raconté comment, en avion, il était assis près de deux passagers qui, apprenant qu'il était de Saint-Pierre-et-Miquelon, l'ont interrogé sur ... le polygonium, à sa surprise. Il prétend leur avoir répondu : "C'est un envahisseur, que je n'apprécie pas." Moi, au contraire _ n'ayant ni jardin, ni cour pavée_ je l'aime beaucoup, pour sa couleur, son élégance, son buissonnement, sa fonction écologique, par dessus tout son symbolisme. Si un polygonium a poussé quelque part, vous n'arriverez plus à le faire disparaître : un beau jour, à votre surprise, il réapparaîtra timidement puis se répandra. Il suffit d'un minuscule morceau de racine caché entre deux mottes de terre pour que tout reprenne vie. Pouquoi ? D'abord, certes, parce que c'est une plante vivace, résistant à toutes les injures du temps et des hommes (qui l'arrachent, la fauchent, l'arrosent de désherbants énergiques). Mais surtout parce qu'il y a un secret accord entre elle et le sol que les sels minéraux dont ses racines sont pleines purifient et enrichissent. La terre de mon île, rocailleuse, que des vents souvent violents dispersent, a fait alliance avec le polygonium pour ne pas devenir un roc stérile. Je trouve ses contempteurs ingrats à son égard !
Le symbolisme est clair. Au plus profond du désir, il existe une alliance entre l'humanité (balayée elle aussi par les ouragans) et l'Évangile. Si vous essayez de déraciner celui-ci, un jour il surgira de nouveau, malgré vos persécutions, vos bains de sang, ou vos propagandes idéologiques. Car, de par l'appel enraciné par Dieu dans son désir, l'humanité refusera toujours d'être sans Espérance. (...) (J'aimerais, en, terminant, évoquer ) l'histoire de ce professeur de lycée, piètre philosophe, tournant sans cesse en dérision un christianisme qualifié de "rempart de l'obscurantisme religieux", faisant de Jésus "un héros inventé par quelques excités", et auquel ses élèves viennent demander d'inviter quelqu'un pour leur parler du Christ. Car, "après tout ce que vous avez dit, ce personnage nous intéresse." Comme le polygonium il résiste à la destruction. Un rien, et il renaît. Dans l'Idiot (me semble-t-il) Dostoïevski parle d'un quelque chose d'insaisissable que les raisonnements des athées ne peuvent cerner."
Je crois en dépit de tout p. 92/94
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16.01.2007
saison de voeux
Chaque saison de voeux nous apporte son lot de richesses.
Ainsi cette année, cette phrase, si juste, de Christian Bobin :"Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles." Et Gautier de nous interpeller : "Avons-nous le regard assez poète, assez éduqué, assez naïf aussi pour le remarquer ?". Je l'espère, cher Gautier.
Relu ce dimanche cette annonce de Joyce Mansour, américaine de Paris et amie des surréalistes, entendue en voiture au retour de Provence : "Cherche collectionneur de rêves. Pour partage." Superbe ! D'autant plus qu'elle l'avait fait paraître dans les petites annonces d'un grand journal.
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