23.12.2006

Noël d'autrefois !

Ai trouvé dans un ouvrage assez confidentiel de Mauriac "Une enfance provinciale" cette description d'une messe de minuit à Notre Dame (de Bordeaux). C'est féroce comme Mauriac savait l'être ! Que les paroissiens actuels de Notre Dame ne m'en veuillent pas, à supposer que l'en d'entre eux s'égare sur ce blog.
"Une autre église ne dispensait pas à l'enfant les satisfactions de la solitude, mais il y goûtait au contraire une sorte de joie sociale : Notre Dame, salon Louis XIV et Louis XV, paroisse des bonnes familles de Bordeaux, sanctuaire harmonieux, modéré, tiède en hiver, où ceux qui surent se composer une vie temporelle exempte d'inconfort, viennent aussi s'assurer une éternité bienheureuse. Messes de minuit à Notre-Dame ! Jusqu'à onze heures, les domestiques veillent sur les chaises réservées. Toutes les bonnes famlles sont là : dos d'astrakan des vieilles dames, carrures des maris qu'élargissent démesurément les pelisses, gosses faits en série, modèles réduits de leurs parents (cette petite fille aura le derrière placé trop bas comme sa mère). C'est l'épiphanie de la bourgeoisie ; les bergers sont revenus à leurs moutons ; les rois ? il n'y en a plus. Rien ne reste au Dieu de la crèche que cette sainte classe moyenne soucieuse de ne négliger aucune promesse, de ne courir aucun risque inutile, fût-il d'ordre métaphysique (n'empêche que ses fils ont su mourir à la guerre) ; race prudente, circonspecte, sage, dont toutes les polices d'assurances sont en règle pour le temps et pour l'éternité. Ce ne sont pas ceux-là qui d'abord furent appelés, les plus fidèles pourtant et tout de même aimés ! (Personne au fond ne choisit ses amis, n'a les amis qu'il souhaiterait d'avoir, personne : pas même l'Être infini). Mais rappelle-toi ces messes cossues, recueillies, cette atmosphère de dévotion riche, tandis que la maîtrise chantait : "Une étable est son logement, un peu de paille est sa couchette..."et, si près de la Sainte Table et du festin mystique, les truffes dont toute la paroisse était embaumée." No comment !

14.12.2006

Lagrange, l"oiseau des tempêtes"

Trouvé ces lignes des "Diverses familles spirituelles de la France" de Maurice Barrès sur Henri Lagrange :
"(...) j'aime infiniment ce feu et cette dureté. J'aime cette pierre du torrent, pleine d'étincelles. Combien cet adolescent, à son propre insu, devait être romanesque ! Je sais qu'à l'Action Française on veut surtout être raisonnable, mais un camelot du roi âgé de quinze ans est sûrement un prodige de romanesque et je sens bien qu'Henri Lagrange avait donné corps par la politique royaliste à tous ses rêves, à tout ce qu'il y a de plus insaisissable et de plus secret dans les mouvements d'une jeune âme. Ses violences contiennent un élément de douleur et de tristesse. Elles me font penser au granit des Vosges qui a cette qualité mystérieuse d'exhaler une odeur de violette." p. 168

03.12.2006

Vivre d'amour

de Jean-François Six dans "Thérèse de Lisieux au carmel" ces lignes lues ces derniers jours :
"... avant de mourir d'amour, il s'agit de vivre d'amour. Ce qui s'exprime par des riens quotidiens, par des recherches ténues, par des gestes infimes, par d'imperceptibles coups au coeur, par de courts moments d'immense tendresse, par des actes simples _ mais de terrible retentissement, parce que simples. Tout cela qui vaut bien plus que tout l'or du monde. Tout cela qui, en fin de compte, au delà de toutes les larmes des yeux des hommes, est joie et espérance." p. 18
Comment ne pas souscrire à cela ? Même s'il est plus difficile de le vivre !
Mais que vaut une vie sans amour ?